conférence

  • Franck DUPONT

Charnières : la contre culture à la loupe (1976-77)

FranckDupont

Au nombre des balises historiques qui constellent l’histoire contre-culturelle, l’année 1977 fait figure de point de non retour et – pour paraphraser à juste titre l’intitulé même de ce cycle – de charnière, comme un pont entre deux mondes électivement reliés mais définitivement antagonistes. S’il y a bien comme dans toute mutation culturelle un avant et un après 1977, il convient cependant d’en définir les contours ténus.

Mutation du paysage sonore dans un premier temps car en l’espace de deux ans la promesse d’une nouvelle ère se construit, géographiquement et sémantiquement partagée entre les saillies adolescentes tous azimuts et la tentation d’endosser l’héritage des primitifs du rock ou de s’inscrire dans l’histoire de l’art : dès 1976 et aussi un peu auparavant, le mouvement Punk se dessine aux États-Unis (territoire à nouveau matriciel de la contre-culture) ; le terme y est formalisé et sa mise en œuvre déjà conceptualisée à New York par des apprenti-poètes qui ne dédaignent pas le cinéma (Patti Smith, Tom Verlaine, Richard Hell…), des hédonistes qui ne refusent ni la danse (Talking Heads, Blondie…) ni la culture pop (Ramones…) mais ont en commun une volonté de retrouver les clés de l’innocence du rock et ré-enchantent des lieux sclérosés ou désertés par le système (le CBGB, les galeries d’art). Le Royaume Uni saisit rapidement la perche et le punk, via Malcolm McLaren et les Sex Pistols, y devient un mouvement, contagieux et plus furieux encore contre l’institution (les moyens de production, de distribution et de médiation musicale) ou l’institutionnalisation du rock (amorphe, symphonique, vieillissant). « Do it yourself », « No future », « Blank generation », la jeunesse punk n’est pas dupe mais lucide, créative mais souvent cynique et propose, au delà de ses simples slogans et juste avant de s’abandonner totalement au spectacle, une voie qui rompt avec le modèle « technique » dominant. Sa portée sera rétrospectivement nuancée mais ses suivants directs (la No-wave) ou ses cousins contemporains (Throbbing Gristle et la musique industrielle) auront entendu le message.

 

1977 est également l’année de la consécration commerciale et artistique pour Bob Marley, première grande figure mondiale de la contre-culture (musicale) à émerger d’un pays dit du tiers monde ; ce dernier adoubera d’ailleurs officiellement la punkitude anglo-saxonne, qui sait gré aux rastafaris de lui avoir montré le chemin de la contestation, dans le cadre d’un single programmatique (Punky Reggae Party). Ce disque résonne comme un manifeste face à l’hégémonie disco qui a contaminé voire supplanté la Great Black Music des décennies précédentes.

 

« Jeunes Turcs », « Nouvelle vague » (New Wave est l’autre qualificatif employé pour caractériser le mouvement punk), si l’expérience cinématographique des années 60 est une référence littérale pour qualifier la nouvelle donne musicale, le Septième art se situe pour sa part à une égale croisée des chemins après de fastes années d’expérimentation. Déclin du politique comme moteur esthétique (les grands films politiques pré ou post 68 ont été faits, de Prima della rivoluzione aux expériences du groupe Dziga Vertov de Godard et Gorin), difficile ascension de la génération française post-nouvelle vague mais aussi succès du nouvel Hollywood ou permanence allemande, le ciné-monde, qui perd Chaplin au passage, doit se reconstruire. Chez Oshima et Ferreri, le futur est, dès à présent, femme. Tandis qu’avec Star Wars, 1977 intronise la « sous-culture » au panthéon des blockbusters. Une autre histoire ?

 

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09

Mai

20h30

Le Hublot

Nancy

138 avenue de la Libération

Franck DUPONT

Enseignant. Il a travaillé aux Cahiers du cinéma et dans les revues Limelight et Poly, tout en animant feu Garbage Collector puis Tuscaloosa, toujours en activité ; formations musicales enregistrées au CCAM respectivement pour les labels State Of Mind et Lithium. Il est également coordinateur de l'Université populaire du cinéma à la Cinémathèque de Luxembourg.

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En partenariat avec le Séminaire Contre-culture(s), le CCAM-Scène nationale de Vandœuvre et avec le soutien de la Communauté Urbaine du Grand Nancy. En partenariat avec l’Université Nancy 2 et le CELMJ (Centre d’Etudes Littéraires Jean Mourot).

Conférence en entrée libre, précédée d’un Atelier d’improvisation du Conservatoire à Rayonnement Régional du Grand Nancy, atelier mené par le saxophoniste Claude Georgel et la chorégraphe et danseuse Françoise Leick

La conférence sera suivie d’une soirée musicale dans le cadre du festival Musique Action (Tarif : 4€). Avec :

Dominique Grimaud, Véronique Vilhet
Toujours désireux de nouvelles aventures musicales, Dominique Grimaud, l’infatigable activiste de la musique underground en France, revient vers l’électronique après Vidéo – Aventures, aux côtés de Véronique Vilhet, une ex-Royal de Luxe et ex-Johnny Be Crotte. (une formation de musiciens du début des années 80 dont certains rejoindront Etron Fou Leloublan, ZNR, Encore plus Grande et Octavo).

The Modernists
L’électronique d’Hervé Scialdo mariée aux distorsions guitaristes d’Arnaud Hussenot. Un duo indus expérimental de haute-voltige.

Le site de Musique Action 2012

Les trois premières conférences du cycle Charnières : la contre-culture à la loupe :

 

> Charnières 1 : les années 1964-65 – Matthieu Rémy

> Charnières 2 : les années 1967-68 – Claude Chastagner

> Charnières 3 : les années 1972-73 – Dominique Grimaud

 

Quelques sites consacrés aux mouvements musicaux de ces années-là :

 

> Punk77,  site consacré au mouvement punk (en anglais)

> Sur le site La Revue des Ressources, un article sur le Punk

> Le mouvement punk sur Wikipédia

 

> Bob Marley sur le site Reggae.fr

 

Le cinéma de ces années-là :

 

> Une biographie de Nagisa Oshima

> Une biographie de Marco Ferreri

> Le cinéma allemand sur Wikipédia

> Patrick Brion (historien du cinéma) parle du Nouvel Hollywood :

 

 

 

 

 

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commentaires

  1. Très bonne soirée hier au Hublot en ouverture du festival Musique Action. Frank Dupont nous a livrés beaucoup d’infos notamment sur le mouvement punk à New York, conférence suivie de deux concerts décoiffants (The Modernists et Dominique Grimaud).

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